Un matin, un patient de 45 ans consulte pour une fatigue inexpliquée, une peau qui bronze sans exposition solaire et une tension artérielle qui devient difficile à contrôler. Dans ma pratique clinique à l’hôpital, c’est le genre de tableau qui me fait immédiatement penser à un dérèglement de l’axe corticotrope. Le dosage de l’ACTH est alors l’un des piliers du diagnostic.
L’ACTH (adrénocorticotrophine, ou hormone corticotrope) est sécrétée par le lobe antérieur de l’hypophyse. Elle stimule la glande corticosurrénale pour libérer du cortisol et, dans une moindre mesure, des androgènes surrénaliens. Son dosage sanguin permet de faire la différence entre une cause hypophysaire ou surrénalienne à un syndrome de Cushing ou à une insuffisance surrénale.
Pourquoi prescrire un dosage d’ACTH ?
Le dosage de l’ACTH est généralement demandé en deuxième intention, après avoir mis en évidence une anomalie du cortisol (dosage libre urinaire des 24 h, test de freinage à la dexaméthasone, cortisol plasmatique du matin).
Indications principales
- Syndrome de Cushing : hypercortisolisme. On dose l’ACTH pour savoir s’il est ACTH-dépendant (adénome hypophysaire, tumeur sécrétant de l’ACTH) ou ACTH-indépendant (tumeur surrénalienne).
- Insuffisance surrénale : hypocortisolisme. L’ACTH est élevée dans l’insuffisance surrénale primaire (maladie d’Addison) et basse ou inadaptée dans l’insuffisance surrénale secondaire.
- Bilan de lésion hypophysaire : tumeur, apoplexie, hypophysite.
- Évaluation d’une hyperpigmentation cutanée : l’ACTH élevée stimule les mélanocytes.
Comment se déroule le prélèvement ?
Le sang est prélevé le matin, entre 8h et 9h, à jeun si possible, car l’ACTH suit un rythme circadien. Le tube doit être conservé dans la glace et transporté rapidement au laboratoire, car l’ACTH est très fragile (dégradation rapide par les protéases). Un prélèvement veineux sur tube EDTA (tube violet) est habituel. Je préviens toujours mes patients : pas d’exercice intense la veille, ni de stress aigu, car cela peut faire varier le taux.
Valeurs de référence de l’ACTH
Les normes varient d’un laboratoire à l’autre. En pratique courante, pour un prélèvement matinal (8h) :
| Âge / Situation | ACTH (pg/mL) | ACTH (pmol/L) |
|---|---|---|
| Adulte (matin, 8h) | 7 – 50 | 1,5 – 11 |
| Enfant (> 1 an) | 7 – 50 | 1,5 – 11 |
| Nouveau-né | 10 – 70 | 2,2 – 15,4 |
| Femme enceinte (3e trimestre) | jusqu’à 80 | jusqu’à 17,6 |
Attention : ces valeurs sont indicatives. Le dosage doit être interprété en fonction du cortisol simultané et du contexte clinique. Je rappelle souvent à mes collègues qu’un taux d’ACTH « normal » n’exclut pas une pathologie si le cortisol est anormal.
Interprétation des résultats
ACTH élevée
Une ACTH élevée (> 50 pg/mL le matin) oriente vers :
- Maladie de Cushing (adénome hypophysaire) : ACTH élevée, cortisol élevé, absence de freinage à la dexaméthasone.
- Sécrétion ectopique d’ACTH : tumeur neuroendocrine (poumon, thymus, pancréas).
- Insuffisance surrénale primaire (Addison) : cortisol bas, ACTH très élevée (contre-régulation).
- Hyperplasie surrénale congénitale (déficit en 21-hydroxylase) : ACTH élevée par défaut de rétrocontrôle.
ACTH basse
Une ACTH effondrée (< 5 pg/mL) avec cortisol bas évoque :
- Insuffisance surrénale secondaire : cause hypophysaire (tumeur, nécrose, irradiation).
- Traitement prolongé par glucocorticoïdes : freination de l’axe.
- Tumeur surrénalienne sécrétant du cortisol (cortisol élevé, ACTH freinée).
ACTH pendant la grossesse
La grossesse s’accompagne d’une augmentation physiologique de l’ACTH et du cortisol. Le placenta produit une CRH (corticotropin-releasing hormone) qui stimule l’hypophyse. Les valeurs peuvent doubler au troisième trimestre. Il ne faut pas interpréter une ACTH à 70 pg/mL chez une femme enceinte comme pathologique sans confrontation avec un test de freinage.
Examens complémentaires associés
Le dosage de l’ACTH n’est jamais isolé. Il est couplé à :
- Cortisol plasmatique (même tube, même heure).
- Cortisol libre urinaire des 24 h.
- Test de stimulation à l’ACTH (Synacthène®) : évalue la réponse surrénalienne.
- IRM hypophysaire si maladie de Cushing suspectée.
- Dosage de la CRH (rare, en centre spécialisé).
Quand refaire le dosage ?
En cas de diagnostic confirmé, le suivi de l’ACTH est utile sous traitement (chirurgie, radiothérapie, médicaments). Après exérèse d’un adénome à ACTH, le taux s’effondre rapidement ; une ACTH persistante peut indiquer une tumeur résiduelle.
Dans ma pratique, je recommande un contrôle à 3 mois, puis annuel si stable.
Questions fréquentes des patients
« Dois-je être à jeun pour le dosage de l’ACTH ? »
Idéalement oui, mais le plus important est de réaliser le prélèvement le matin (8h-9h). Un jeûne de 8 heures est conseillé, mais un petit-déjeuner léger sans café ni thé n’affecte pas significativement le résultat.
« Le stress peut-il fausser mon ACTH ? »
Oui, le stress aigu (angoisse, douleur, infection) élève l’ACTH et le cortisol. C’est pourquoi nous interprétons toujours le résultat avec le contexte clinique. Si vous avez eu une nuit blanche ou une émotion forte, dites-le à votre médecin.
« L’ACTH et la cortisolémie sont-elles toujours dosées ensemble ? »
Absolument. L’interprétation de l’ACTH seule n’a pas de sens sans la valeur du cortisol. Le rapport ACTH/cortisol est ce qui permet de localiser le défaut.
Référence LOINC
Le code LOINC standard pour le dosage de l’ACTH dans le sérum ou le plasma est 2141-8. Ce code est utilisé dans les systèmes d’information de laboratoire pour identifier l’analyse.
En espérant que cet article vous aide à mieux comprendre ce paramètre souvent méconnu. N’hésitez pas à en discuter avec votre endocrinologue ou votre médecin traitant.
Questions fréquentes
Quels sont les symptômes d’un taux d’ACTH élevé ?
Un taux élevé d’ACTH peut révéler un syndrome de Cushing (prise de poids, visage lunaire, vergetures, hypertension, diabète) ou, au contraire, une maladie d’Addison (fatigue, perte de poids, hypotension, hyperpigmentation). Les symptômes dépendent surtout de la cause sous-jacente. Un dosage couplé au cortisol permet de trancher.
Le dosage de l’ACTH est-il remboursé par la Sécurité sociale ?
Oui, le dosage de l’ACTH est pris en charge par l’Assurance Maladie lorsqu’il est prescrit par un médecin dans le cadre d’un diagnostic ou d’un suivi endocrinologique. La cotation est la suivante : B50 (acte de biologie médicale). Votre laboratoire peut vous préciser le montant restant à charge.
Peut-on avoir une ACTH normale et un cortisol anormal ?
Tout à fait. Par exemple, dans un adénome surrénalien bénin sécrétant du cortisol (syndrome de Cushing ACTH-indépendant), l’ACTH est basse ou effondrée par rétrocontrôle négatif, alors que le cortisol est élevé. Inversement, dans une insuffisance surrénale secondaire débutante, l’ACTH peut être dans les normes basses alors que le cortisol est bas. C’est pourquoi j’insiste toujours sur l’interprétation conjointe des deux dosages.
À propos ACTH (Hormone adrénocorticotrope)
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Sources Scientifiques & Références
Les informations de cet article sont soutenues par les bases de données médicales internationales et sources scientifiques suivantes :
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