Lorsqu'un patient consulte pour des troubles neurologiques inexpliqués ou une anémie qui ne répond pas au fer, je pense systématiquement au dosage du cuivre sérique. Ce minéral trace est essentiel à de nombreuses réactions enzymatiques, mais son déséquilibre – carence ou excès – peut avoir des conséquences graves. Dans cet article, je vous explique tout ce qu'il faut savoir sur le cuivre (Cu) dans le sang, de manière médicale mais accessible.
Qu'est-ce que le dosage du cuivre sérique ?
Le dosage du cuivre sérique mesure la concentration de cuivre total (lié à la céruloplasmine et sous forme libre) dans le sang. Le code LOINC de ce paramètre est 5639-0 (Copper [Mass/volume] in Serum or Plasma). L'analyse se fait sur un prélèvement veineux simple, à jeun de préférence.
Rôle biologique du cuivre dans l'organisme
- Cofacteur de nombreuses enzymes : superoxyde dismutase (antioxydant), cytochrome c oxydase (production d'énergie), lysyl oxydase (collagène et élastine).
- Nécessaire à la formation des globules rouges, au métabolisme du fer, à la pigmentation de la peau et des cheveux.
- Essentiel au développement du système nerveux central et à la fonction immunitaire.
Valeurs normales du cuivre dans le sang
Les normes varient selon l'âge, le sexe et le laboratoire. En moyenne, voici les intervalles de référence que j'utilise dans ma pratique à l'AP-HP :
| Population | Cuivre sérique (µg/dL) | Cuivre sérique (µmol/L) |
|---|---|---|
| Nouveau-né | 20 – 70 | 3 – 11 |
| Enfant (1–12 ans) | 80 – 150 | 12,6 – 23,6 |
| Adolescent (13–18 ans) | 85 – 155 | 13,4 – 24,4 |
| Adulte – Homme | 70 – 140 | 11 – 22 |
| Adulte – Femme | 80 – 155 | 12,6 – 24,4 |
| Femme enceinte | 120 – 250 | 18,9 – 39,4 |
| Personne âgée (>70 ans) | 70 – 140 | 11 – 22 |
Remarque : Le cuivre est normalement plus élevé chez les femmes en âge de procréer et enceintes en raison de l'augmentation de la céruloplasmine sous l'effet des œstrogènes.
Quand prescrire un dosage du cuivre ?
Je prescris le dosage du cuivre sérique dans les situations suivantes :
- Suspicion de maladie de Wilson (dégénérescence hépatolenticulaire) : signes neurologiques, hépatiques, anneau de Kayser-Fleischer.
- Suspicion de carence en cuivre (alimentation parentérale prolongée, malabsorption, syndrome de Menkès).
- Anémie microcytaire non ferriprive.
- Symptômes neurologiques inexpliqués (ataxie, neuropathie).
- Surveillance d'une supplémentation en cuivre ou d'un traitement chélateur (pénicillamine).
Interprétation des résultats
Cuivre bas : causes et symptômes
Un taux bas de cuivre (< 70 µg/dL chez l'adulte) peut révéler :
- Carence nutritionnelle : alimentation pauvre en cuivre, nutrition parentérale sans ajout.
- Malabsorption : maladie cœliaque, maladie de Crohn, résection intestinale étendue.
- Syndrome de Menkès : maladie génétique liée à l'X avec défaut d'absorption du cuivre.
- Excès de zinc (supplémentation excessive ou dentifrice au zinc) : le zinc inhibe l'absorption du cuivre.
- Maladie de Wilson peut parfois présenter un cuivre sérique bas malgré l'accumulation tissulaire.
Sur le plan clinique, la carence en cuivre se manifeste par une anémie microcytaire, une neutropénie, des troubles neurologiques (myélopathie, neuropathie périphérique), une fragilité osseuse, une hypopigmentation cutanée et une fatigue chronique. Dans mon expérience, une anémie inexpliquée chez un patient ayant eu une chirurgie bariatrique doit faire rechercher une carence en cuivre.
Cuivre élevé : causes et risques
Un taux élevé de cuivre (> 155 µg/dL chez la femme, > 140 µg/dL chez l'homme) peut être lié à :
- Œstrogènes : contraception orale, grossesse, traitement hormonal substitutif.
- Inflammations : maladies auto-immunes, infections chroniques, cancer (le cuivre est un réactif de phase aiguë).
- Maladie de Wilson : paradoxalement, le cuivre sérique peut être normal ou élevé mais la céruloplasmine est basse ; le diagnostic repose sur le cuivre libre (non lié à la céruloplasmine) et le cuivre urinaire.
- Insuffisance hépatique : relargage du cuivre hépatique.
- Exposition professionnelle (rare) ou supplémentation excessive.
Des taux très élevés peuvent entraîner des symptômes toxiques : nausées, vomissements, ictère, insuffisance rénale, troubles neuropsychiatriques.
Facteurs qui influencent le résultat
- Œstrogènes : augmentation physiologique.
- Grossesse : peut doubler le taux.
- Médicaments : contraceptifs oraux, corticostéroïdes, phénytoïne augmentent le cuivre ; pénicillamine, zinc, certains diurétiques le diminuent.
- Hémolyse : fausse élévation si le prélèvement est hémolysé.
- Jeûne : un prélèvement à jeun est recommandé.
Cas particulier : cuivre et maladie de Wilson
La maladie de Wilson (autosomique récessive) provoque une accumulation toxique de cuivre dans le foie, le cerveau et d'autres organes. Le diagnostic biologique associe :
- Cuivre sérique bas (mais parfois normal).
- Céruloplasmine basse (< 20 mg/dL).
- Cuivre libre (non lié) élevé (> 15 µg/dL).
- Cuivre urinaire des 24 h élevé (> 100 µg/24 h).
- Présence d'anneaux de Kayser-Fleischer à l'examen ophtalmologique.
Un test génétique (ATP7B) confirme le diagnostic. Dans ma pratique, je ne me fie jamais à un seul paramètre – le tableau clinique et les examens complémentaires sont essentiels.
Comment se préparer au dosage du cuivre ?
Aucune préparation particulière n'est nécessaire. Il est conseillé d'être à jeun de 12 heures pour éviter les interférences alimentaires. Signalez à votre médecin tous les médicaments et compléments que vous prenez (notamment zinc, fer, cuivre).
Questions fréquentes sur le dosage du cuivre
Questions fréquentes
Quels sont les symptômes d'une carence en cuivre ?
Une carence en cuivre se traduit souvent par une anémie microcytaire qui ne répond pas à la supplémentation en fer, une fatigue persistante, des infections fréquentes (neutropénie), des troubles neurologiques comme des fourmillements ou une instabilité à la marche (myélopathie), une fragilité osseuse et une perte de pigmentation des cheveux. Si vous présentez ces signes, surtout après une chirurgie bariatrique ou une nutrition parentérale, un dosage du cuivre sérique est indiqué.
Un taux de cuivre élevé est-il dangereux ?
Oui, un excès de cuivre peut être toxique. Des valeurs très élevées (supérieures à 200 µg/dL) peuvent causer des nausées, des vomissements, une jaunisse, une insuffisance rénale et des troubles neurologiques. Les causes les plus fréquentes sont une surcharge en cuivre due à la maladie de Wilson (accumulation génétique) ou à une exposition chronique. Toute anomalie doit être explorée par un médecin, qui pourra prescrire un dosage de la céruloplasmine et du cuivre urinaire.
Le dosage du cuivre est-il remboursé par la Sécurité sociale ?
En France, le dosage du cuivre sérique est remboursé lorsqu'il est prescrit par un médecin dans le cadre d'une suspicion de maladie de Wilson, de carence en cuivre, ou pour le suivi d'un traitement chélateur. Il est inscrit à la nomenclature des actes de biologie médicale (code 0158). Je vous conseille de vérifier auprès de votre laboratoire et de votre caisse d'assurance maladie, car le remboursement peut être soumis à l'accord préalable dans certains cas.
À propos Cuivre (Cu)
tahlilDetail.aboutDescription
Sources Scientifiques & Références
Les informations de cet article sont soutenues par les bases de données médicales internationales et sources scientifiques suivantes :
Avis légal
Tests Connexes
Analysez vos résultats de tests
Notre moteur clinique interprète vos résultats en quelques secondes.
Télécharger maintenant
